Qui veut la peau de Mercenaries II ?
Il arrive qu’un simple jeu vidéo atteigne les plus hautes sphères d’une nation et cause des remous inattendus. C’est précisément ce que Mercenaries II est arrivé à faire au Vénézuela.
En effet, Mercenaries II : World in Flames se situe dans un Vénézuela envahit par les Etats-Unis après que le dictateur local ait fait des siennes avec les prix du pétrole.
Toutes ressemblances avec des faits existants ne seraient que pure coïncidence ?
La communauté vénézuélienne en général et le président vénézuélien, Hugo Chavez, en particulier, en doute grandement. Lui qui a récemment nationalisé une partie de sa production de pétrole et provoqué, de ce fait, le mécontentement de l’administration Bush voit cela d’un tout autre œil.
Il faut dire que 15% de la consommation du pétrole consommé par l’Oncle Sam provient de puits vénézuéliens et que Chavez a, plusieurs fois clamé que le gouvernement américain était prêt à envahir son pays tout comme il a envahit l’Irak. Les Etats-Unis ont toujours vivement démenti les allégations du leader vénézuélien dont le pays reste tout de même le quatrième plus gros producteur mondial de pétrole.
Le député Vénézuélien, Ismael Garcia, accuse le jeu d’être annonciateur d’une réelle invasion arguant que « le gouvernement américain sait comment mettre en place des campagnes de terreur psychologique de sorte qu’ils puissent faire en sorte que les choses arrivent en temps voulu. »
Le Cercle Bolivarien en a appelé à la Commission Européenne (rien que ça !) en adressant un lettre ouverte à Madame Viviane Reding, Commissaire Européenne Responsable de la Société de l’Information et des Médias à qui il demande « de mettre tout en œuvre pour faire interdire la commercialisation et la diffusion du jeu Mercenaries-2 sur le territoire européen. » et ceci en s’appuyant principalement sur le fait que « Outre la violence extrême véhiculée par ce jeu, l’incitation à la haine envers une nation s’y perçoit de façon honteusement ostensible. Car il ne s’agit pas, comme généralement dans ce genre de jeux, d’attaquer des monstres venus d’une autre planète ou de s’emparer d’un pays fictif. Non, le but du jeu est d’envahir et de mettre à feu et à sang un peuple existant : le Vénézuela. »
De ce fait, le Cercle Bolivien accuse l’éditeur EA Games et la société Pandemic/Bioware, en charge du développement de Mercenaries 2 : World of Flames de racisme, de xénophobie ainsi que d’incitation publique à la discrimination, à la violence ou la haine raciale à l’égard d’un groupe de personnes, ou d’un membre d’un tel groupe défini par référence à l’origine nationale.
Le Réseau de Solidarité Vénézuelien a adressé une lettre ouverte à tous les leaders religieux demandant, ni plus ni moins, l’interdiction pure et simple du jeu en s’appuyant sur le fait que "le jeu Mercenaries 2 est produit par Pandemic Studios qui est en charge de la création de jeux vidéo extrêmement réalistes utilisés comme programme d’entrainement par l’armée américaine. Pandemic a utilisé la technologie utilisée dans ces programmes afin de rendre Mercenaries 2 le plus réaliste possible. Quiconque ayant passé du temps à Caracas peut immédiatement reconnaitre, dans le jeu, les rues de la ville et les paysages. Le but de ce jeu vidéo est l’anéantissement total, donc tout ce qui bouge doit être abattu et toutes les infrastructures (…) doivent être détruites”.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là...
Par le plus grand des hasards, Il se trouve que Bono, le chanteur du groupe U2, détient des parts importantes de Pandemic/Bioware. Il s’est donc attiré les foudres de Vénézuéliens l’accusant de cautionner un jeu particulièrement raciste et xénophobe, lui qui s’est toujours présenté comme un ardant défenseurs des causes humanitaires. De nombreuses missives lui ont été envoyées l’accusant d’hypocrisie et lui demandant de faire en sorte que la sortie de ce jeu soit, purement et simplement, annulée.
Greg Richardson, vice-président de Pandemic, se défend en déclarant n’avoir « aucun lien avec le gouvernement US ». Il ajoute que « Pandemic Studios est une entreprise privée, qui se concentre uniquement sur le développement de loisirs interactifs".
Des arguments qui sont loin de convaincre les Vénézuéliens et encore moins leur Président.
Alors Mercenaries 2 est-il un simple jeu vidéo ou la chronique d’une invasion annoncée ?
Le jeu sort le 5 septembre 2008 en France et le 31 août aux USA, date à laquelle il serait intéressant de ne surtout pas louper les infos (au cas où…).
En attendant, nous on s’est régalé avec cette petite note d’humour des studios Pandemic (pas faite pour calmer les esprits, vous en conviendrez) qui se sont amusés à éditer, un peu en avance, le journal vénézuélien du 31 août :
Si ce n’est pas jeter du pétrole sur le feu ça…oups !

























